Voies navigables

Voies navigables rurales : l’eau pour l’Accessibilité et la Mobilité

Il est de notoriété publique que l'eau est importante et le sera encore davantage avec les changements climatiques et le réchauffement de la planète, dont les effets auront un impact sur la rareté à venir de l’eau. L’eau est indispensable pour la consommation, l'irrigation, l'énergie, les industries, la viabilité de l'écosystème et l’agriculture. On s’intéresse très peu à la question de l’eau pour la mobilité et l’accès.

Technologie, énergie et environnement : un exemple

Les populations rurales qui dépendent exclusivement du transport fluvial sont très souvent des personnes ayant peu d’avantages économiques, de ressources rares et qui vivent isolées du reste du pays. Leurs besoins de mobilité et d’accès sont souvent d’amener les enfants à l’école, d’aller à la pêche, de transporter les mères et les enfants à un centre de santé, de se rendre aux plantations, d’écouler les récoltes et de rendre la communauté accessible aux étrangers.

Selon les différents facteurs tels que la disponibilité de matériaux locaux, les coûts et l’objectif, on peut fabriquer des pirogues de petite et moyenne tailles à base de bois, de métal, de ciment et de fibre de verre légère. Et en fonction des coûts, différents types de moteurs sont rattachés aux pirogues pour réduire la durée du trajet.

Ils vont des moteurs stationnaires (3 à 15 CV) aux moteurs extérieurs. Dans certaines régions du bassin d’Amazonie et dans le delta du Mékong, les pirogues à longue queue sont très courantes. Leurs moteurs bon marché en termes de prix, de facilité de réparation et d’entretien au niveau local, de disponibilité de matériaux pour fabriquer les hélices manuellement à base d’objets recyclés, créant des emplois et sources de revenus, donnent aux communautés avec des ressources économiques rares l’opportunité de transporter les personnes et les marchandises plus rapidement. Comme tous les autres véhicules de transport, la viabilité des pirogues à longue queue dépend des sources et du prix de l’énergie. Plus l’essence est rare, plus elle sera chère, et les pirogues à longue queue seront obligées de trouver des moteurs alternatifs.

Quelques implications

Il n’est pas rare qu’un bassin important dans le monde endure les effets pervers de la surexploitation de ses ressources telles que le bois, le caoutchouc, l’énergie, les mines, l’essence, le cacao et autres. De telles industries ont souvent été à l’origine d’un boom temporaire de développement économique, mais du détriment des moyens de subsistance des populations locales, et des personnes elles-mêmes. En termes d’accommodation de la communauté au nouveau style de vie, une distorsion désavantageuse des prix rend souvent les collectivités plus vulnérables, et même plus pauvres. Par exemple, à Orinoquia et dans les montagnes de l’Amazonie péruvienne, où les feuilles de coca sont cultivées illégalement et la cocaïne produite et commercialisée, entre autres cultures moins lucratives, le transport fluvial est onéreux. Ceci non seulement en raison de la rareté de l’essence, mais parce que les personnes pauvres qui disposent de beaucoup de liquidités mettent en service des pirogues à moteur externes de luxe pour le transport, laissant les moins nantis dans une plus grande isolation.

Recherche

De 2002 à 2004, l’IFRTD a décidé de réaliser une série d’études de cas sur le transport fluvial dans les différentes régions des pays en développement. Les principales conclusions du programme de recherche international étaient les suivants :

  • Partout où les gens dépendent exclusivement du transport fluvial, un moyen de transport, même faible, est important pour l’accès à la santé, à l’éducation et aux autres services ; (dans le transport routier, les personnes peuvent parcourir de longues distances à pied pour arriver à destination, alors que dans le transport fluvial les gens ne se déplacent pas à la nage)
  • Partout où les gens dépendent exclusivement du transport fluvial, ils peuvent être plus affectés par les fournisseurs de services, c’est-à-dire, les exploitants de véhicules de transport, et la qualité des services fournis en termes d’opportunité, de temps, de prix, de sécurité, etc.
  • Le transport fluvial rural est un moyen de créer des emplois (exploitants de pirogues, porteurs, mécaniciens
  • Le transport fluvial rural est important pour le commerce, le transport de commerçants et de nouveaux produits, les commerçants et leurs activités pouvant avoir des conséquences néfastes sur les populations économiquement vulnérables et les environnements fragiles.

Les conclusions précédentes d’une étude de cas dans une zone rurale enclavée dans l'Amazonie péruvienne participant au programme de recherche en réseau sur la mobilité et la santé en cours montrent que :

  • Un système de communication par téléphone entre la collectivité et le centre de santé le plus proche peut servir à fournir des soins médicaux urgents à la communauté
  • Le centre de santé achète souvent de l’essence, chère et rare, pour transporter gratuitement les malades. Toutefois, la pirogue d’urgence ne saurait être utilisée pour transporter le malade après sa guérison.
  • La pirogue ambulance peut évacuer un patient plus rapidement. Toutefois, il est moins positif que la pirogue soit loin d’être confortable pour le transport d’un patient. Elle est rarement protégée contre le soleil ou la pluie, qui pourrait aggraver la condition du patient. Une pirogue ambulance moderne reste un défi puisque les pirogues qui desservent l’Amazonie péruvienne ont une conception particulière, avec le moteur à l’arrière. La pose d’un toit, même léger, sur la pirogue, réduira la visibilité du conducteur de la pirogue, mettant encore plus en danger sa vie et celles des passagers.

Politique

En ce qui concerne les politiques, il est possible que plus d’un secteur ait un rôle à jouer dans le développement des voies navigables. Dans l’étude de cas de l’Amazonie péruvienne, on a constaté que non seulement le ministère des Transports (Gestion du transport fluvial), mais également quatre autres institutions gouvernementales ont voix au chapitre du développement du transport fluvial. Il s’agit de la municipalité, la capitainerie, le ministère de l’Agriculture, les Pêches et l’Energie et le ministère du Tourisme. Tout se passerait sans encombre si leurs compétences ne chevauchaient pas, et si elles résolvaient les problèmes de manière coordonnée.
 
La recherche menée dans le cadre des programmes Observatoire sur la pauvreté et Voies navigables et conditions d’existence de l’IFRTD ont montré que lorsque les voies navigables sont prises en compte, le soutien suit toujours en termes d’infrastructures, dans le meilleur des cas, les moyens et services de transport étant laissés aux entreprises spontanées.

IRessources d’information

On peut trouver des informations plus détaillées sur le sujet dans les études de cas menées dans le cadre du Programme des voies navigables rurales et conditions d’existence www.ruralwaterways.org

 

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